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À Arques-la-Bataille, ProAgora veut réinventer les lieux de formation pour répondre au défi industriel de l'EPR2

À quelques kilomètres de Dieppe, une ancienne friche industrielle reprend vie pour devenir un campus d'un genre nouveau. Sur les 18 000 m² de l'ancien site Regma, ProAgora construit progressivement un espace entièrement pensé pour accompagner les besoins en recrutement et en formation du futur chantier des réacteurs nucléaires EPR2 de Penly. Plus qu'un simple centre de formation, ses fondateurs veulent créer un lieu où les entreprises partagent des espaces ultramodernes selon leurs besoins, dans une logique d'économie d'usage.

À la tête du projet, Valéry Jimonet n'en est pas à son premier défi. Entrepreneur dieppois depuis trente-cinq ans et ancien président d'une association consacrée au numérique, il est aujourd'hui directeur associé de ProAgora. Après un premier site ouvert à Rouen, celui d'Arques-la-Bataille constitue la deuxième implantation du groupe. Mais il pourrait bien devenir le modèle d'un concept appelé à essaimer dans d'autres régions françaises.

Réinventer les espaces de formation

L'idée fondatrice de ProAgora est née d'un constat simple : les espaces de formation traditionnels ne correspondent plus aux usages actuels. « Pendant longtemps, la formation s'organisait dans une salle avec un formateur face à des rangées de chaises. Aujourd'hui, le monde change et ces modèles doivent évoluer », explique Valéry Jimonet.

Plutôt que de multiplier les bâtiments sous-utilisés, ProAgora mise sur la mutualisation des espaces. Les salles ne sont plus attribuées à un seul organisme mais utilisées successivement par plusieurs entreprises, selon leurs besoins. « Nous parlons d'économie d'usage. On ne vend plus des mètres carrés, on vend leur utilisation. » Le principe s'apparente à celui d'un hôtel, mais dédié à la formation.

Les entreprises peuvent disposer de bureaux permanents pour leurs équipes de ressources humaines tout en réservant ponctuellement des salles de formation, des studios audiovisuels, des espaces de coworking ou des ateliers techniques.

Le campus propose également des FabLabs, des espaces de bien-être, un forum destiné aux rencontres professionnelles et un Agora Café, véritable cœur de vie du site. « C'est là que tout se passe. Nous voulions créer un lieu de rencontres, pas seulement un bâtiment où l'on vient suivre un cours avant de repartir. »

Répondre aux besoins du chantier EPR2

Si ProAgora développe un concept national, le site d'Arques-la-Bataille est fortement marqué par les besoins du territoire.

À quelques kilomètres seulement doit débuter le chantier des deux futurs réacteurs EPR2 de Penly, considéré comme le plus grand chantier industriel d'Europe actuellement.

Pendant une quinzaine d'années, près de 12 000 personnes devraient intervenir sur le site, dont environ 6 000 nécessiteront des formations spécifiques. « En tant qu'entrepreneur, c'est la première fois de ma vie qu'on nous offre quinze années de visibilité », affirme Valéry Jimonet. C'est précisément cette perspective qui a conduit ProAgora à s'installer à Arques-la-Bataille.

L'objectif n'est pas de devenir un organisme de formation. « Nous ne faisons pas de formation. Notre rôle consiste à aligner les besoins des entreprises et à mettre à leur disposition tous les espaces nécessaires pour organiser leurs formations. »

Les premiers occupants illustrent déjà cette orientation. EDF, Eiffage, Kaefer ainsi que plusieurs autres sous-traitants du programme nucléaire disposent progressivement de bureaux sur le campus. Leurs services de ressources humaines s'y installent au fur et à mesure de l'avancement du chantier.

Une montée en puissance progressive

Aujourd'hui, le chantier EPR2 se trouve encore dans sa phase de préparation et d'aménagement du territoire. À partir de 2028 débutera la phase du « premier béton nucléaire », qui mobilisera des milliers de professionnels spécialisés.

Les besoins concernent notamment les métiers du génie civil, du ferraillage, des travaux publics ou encore de la topographie. « Par exemple, nous devrons former plus de 400 géomètres dans les deux ans et demi qui viennent. », précise l’entrepreneur.

À cela s'ajoutent de nombreux autres métiers en tension.

ProAgora accueille par exemple un simulateur de conduite de bus installé en partenariat avec Transdev. Avec la mise en place de parkings déportés autour du chantier, près de 150 chauffeurs devront être recrutés.

L'entreprise utilise les espaces seulement deux jours par semaine. « Plutôt que d'investir dans ses propres salles, elle consomme uniquement leur usage les lundis et mardis. D'autres entreprises utilisent ensuite les mêmes espaces le reste de la semaine. » Cette logique optimise les investissements tout en limitant la construction de nouveaux bâtiments.

Le numérique au cœur des métiers

Le campus accorde également une place centrale au numérique. Toutes les salles sont équipées de matériels collaboratifs de dernière génération. Pour Valéry Jimonet, aucun métier n'échappe désormais à cette transformation.

« Lorsque la première centrale nucléaire a été construite il y a une quarantaine d'années, il n'y avait quasiment pas d'ordinateurs sur les chantiers. Aujourd'hui, même un conducteur de pelle pilote avant tout un ordinateur. »

Cette évolution concerne aussi les géomètres, les grutiers ou les techniciens de maintenance. Le campus encourage donc l'ensemble de ses partenaires à intégrer pleinement cette dimension numérique dans leurs formations.

Une friche industrielle au riche passé

Le choix d'Arques-la-Bataille ne tient pas uniquement à la proximité de Penly.

Le campus prend place sur un site chargé d'histoire. L'ancienne usine Regma, fondée par Ernest Carnot, fut l'un des fleurons industriels français au début du XXe siècle. C'est ici qu'a notamment été développée la ouate de cellulose industrielle, exportée dans le monde entier. À son apogée, le site employait près de 2 000 salariés.

L'entreprise avait profondément transformé le village. Des cités ouvrières, des logements pour les contremaîtres et de nombreuses infrastructures avaient été construits. L'arrivée du chemin de fer avait accompagné cet essor industriel, faisant tripler la population d'Arques-la-Bataille. « C'était probablement l'un des lieux les plus innovants de France autour de 1900. »

Après plusieurs décennies d'abandon, cette friche retrouve aujourd'hui une nouvelle vocation.

Préserver le patrimoine tout en dépolluant

La réhabilitation représente toutefois un chantier colossal. Le site est classé, ce qui impose de travailler en étroite collaboration avec les Architectes des bâtiments de France. « Nous conservons entièrement son identité. Les bâtiments en briques sont magnifiques et racontent une histoire que nous voulons préserver. »

À cette contrainte patrimoniale s'ajoute un autre défi : la pollution héritée de plusieurs décennies d'activité industrielle. Plus de six millions d'euros seront consacrés à la dépollution des sols.

À ce jour, près de 2 000 m² ont déjà été rénovés, mais les travaux concernent à terme l'ensemble des 18 000 m² du site.

Un futur pôle national du nucléaire

Le campus attire progressivement plusieurs acteurs majeurs de la filière nucléaire.

L'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM), qui représente plus de 42 000 entreprises et 1,5 million de salariés, rejoindra prochainement le site, en complément de son centre de formation de Saint-Étienne-du-Rouvray.

L'IRUP, école supérieure spécialisée dans les métiers du nucléaire basée près de Saint-Étienne, dans la Loire, s'y installera également.

EDF prévoit d'y développer son futur centre national de formation.

« Nous sommes en train de créer un véritable pôle de compétences autour du nucléaire. »

Un territoire qui doit profiter du chantier

Pour Valéry Jimonet, le succès du projet dépend aussi de son ancrage local.

Les entreprises engagées dans le chantier EPR2 ont, selon lui, une responsabilité vis-à-vis du territoire. « EDF et ses sous-traitants doivent irriguer économiquement le bassin dieppois. Les habitants attendent que les emplois et les marchés bénéficient en priorité aux entreprises locales. »

Le campus entend justement favoriser cette dynamique en rapprochant recruteurs, formateurs et candidats. L'objectif est que les entreprises puissent recruter localement chaque fois que cela est possible.

Une qualité de vie pensée dès la conception

Au-delà de la performance technique, ProAgora accorde une grande importance au cadre de travail.

Les espaces verts occupent une place importante sur le campus. L'entretien des pelouses est assuré grâce à l'écopâturage et plusieurs dispositifs de médiation animale ont été mis en place. Une terrasse extérieure de 200 m² permet d'organiser des événements, des rencontres ou simplement les pauses déjeuner.

Cette attention portée au bien-être participe de la philosophie générale du projet. Former ne consiste plus uniquement à transmettre des compétences. Il s'agit aussi de créer un environnement favorable aux échanges, à la créativité et aux rencontres professionnelles.

Un modèle appelé à se développer

Si Arques-la-Bataille constitue aujourd'hui le laboratoire du concept, Valéry Jimonet imagine déjà son développement.

Les futurs chantiers EPR2 de Gravelines ou du Bugey présenteront des besoins comparables.

D'autres territoires, comme celui de Cherbourg avec les projets de développement d'Orano, connaissent également des tensions importantes en matière de recrutement et de formation.

« Ce que nous réalisons ici constitue en quelque sorte notre prototype. Si d'autres territoires souhaitent s'en inspirer, nous sommes prêts à développer ProAgora ailleurs en France. »

L'ambition dépasse donc largement les frontières de la Seine-Maritime.

En transformant une friche industrielle emblématique en campus dédié aux métiers de demain, ProAgora entend démontrer qu'il est possible de répondre aux immenses défis industriels sans reproduire les modèles du passé. Entre patrimoine, innovation numérique, mutualisation des espaces et accompagnement des compétences, Arques-la-Bataille pourrait bien devenir le premier maillon d'un nouveau réseau national consacré aux métiers en tension.

 

Retrouvez ProAgora Arques-la-Bataille : https://proagora.fr/page-arques-la-bataille/