Depuis près de 10 ans, Séverine et Michel Benoist, propriétaires du tiers-lieu Au Charbon, à Courseulles-sur-Mer dans le Calvados, n’ont eu de cesse de faire évoluer le lieu, de l'organiser et de le faire vivre au fil des années, des rencontres et des projets. Cette évolution s'est accélérée depuis quelques mois grâce à l'obtention de la subvention NCID de la région Normandie. En répondant à cet appel à projet, avec l'accompagnement d’Alexandre Mercier leur collaborateur, ils ont propulsé Au Charbon vers une nouvelle ère, plus numérique. Séverine et Alexandre racontent le repositionnement du tiers-lieu ; une véritable aventure exploratoire menée depuis octobre 2025. Un témoignage inspirant de personnes passionnées !
Normandie Connectée : C’était comment Au Charbon avant que vous n’obteniez la subvention NCID en octobre 2025 ?
Séverine Benoist : Lorsque nous avons répondu à l’appel à projet NCID, nous étions déjà labellisés « Normandie connectée » mais nous n’avions pas de vrais projets autour du numérique, à part quelques équipements informatiques. Nous animions la vie locale via des ateliers, des conférences ou du coworking sans avoir une offre numérique à proprement parler. Cette dimension digitale n’était pas assez représentée dans notre tiers-lieu. Et de plus, nous communiquions très peu !
Et, il y a eu la rencontre avec Alexandre, ancien directeur d'agence de communication à Caen, qui a des compétences digitales, et qui était disponible au moment où je souhaitais lancer de nouvelles activités. Une sorte de synchronicité, d’alignement des planètes !
Nous avons répondu ensemble à l’appel à projet avec l’objectif de lancer une nouvelle offre pour Au Charbon. Une offre plus numérique.
N. C. : Vous êtes arrivé à un moment clé ?
Alexandre Mercier : En effet ! Je venais de m'installer en tant que consultant indépendant quand Séverine m'a contacté pour travailler la communication, le site web et la signalétique d’Au Charbon, notamment autour du digital. Je suis arrivé au moment où elle répondait à l'appel d'offres NCID. Nous avons travaillé le dossier ensemble. Je lui ai proposé de l'accompagner sur ce projet : le lancement d’une première programmation autour du numérique.
N. C. : Ce projet, il consiste en quoi ?
Séverine et Alexandre : Tout d’abord, nous voulons rendre visible l’écosystème déjà existant et conserver l’ADN d’Au Charbon. Ce qui fait la particularité d’Au Charbon, c’est que l’on y rencontre des coworkers, des habitants des environs, des personnes qui font de la formation, des développeurs… Dans ce lieu, couturière, magicien mentaliste, architecte naval, designers utilisant le digital… se côtoient et créent un écosystème où cohabitent des artisans et des personnes qui ont une agilité numérique. C’est ce qui fait le charme d’Au Charbon.
Ensuite, développer une offre de formation de proximité et accessible à différents publics ; c’est l’objectif du projet. L’idée était d’aller chercher d'autres publics locaux qui souhaitent découvrir les outils digitaux d'aujourd'hui, comme l'IA par exemple.
Ce projet, nous le voyons comme un dispositif d'amorçage qui nous permet de mettre en place une nouvelle offre et de nouveaux partenariats.
N. C. : Vous avez donc développé une nouvelle offre depuis octobre 2025. En quoi consiste-t-elle ?
S. et A. : Nous avons lancé le programme Tous Connectés, en mars dernier. Avec 8 autres structures, nous avons travaillé un programme qui était prévu, au départ, pour le festival Interface qui a été annulé. Nous avons maintenu cette programmation d’ateliers, de conférences, d’animations et de temps de rencontre, tous articulés autour d’un même fil conducteur : les usages intelligents, créatifs et accessibles du numérique et de l’intelligence artificielle, et nous l’avons appelée Tous Connectés !
A cette occasion, nous avons a fait venir un artiste de Street Art ainsi qu’un dessinateur, nous avons organisé des cafés IA, des ateliers créatifs et numériques, et la finale départementale du tournoi Mario Kart Inter lieux.
Cela nous a permis de créer des connexions avec d'autres tiers-lieux et Espaces Publics Numériques du territoire, notamment pour les jeux vidéo avec une compétition finale.
N. C. : Et pour le coworking ?
S. et A. : Dans le domaine du coworking, nous avons lancé « Viens, on bosse ensemble ! ». Il s’agit d’explorer des modèles différents sur le coworking et de créer un espace ouvert et partagé. Nous avons testé ce format pendant plusieurs semaines. Il y a eu un vrai engouement car cela permet aux freelances, aux coworkers de se rencontrer, de créer du lien, d'échanger sur leurs pratiques, leurs outils… Beaucoup sont formateurs ou travaillent dans le domaine de la communication, le développement informatique. Il s’agit d’être dans l'échange et la collaboration.
Grâce à « Viens on bosse ensemble ! », nous avons attiré un nouveau public à l’année. Des gens qui habitent sur la côte et qui travaillaient à Caen, viennent désormais coworker au Charbon, à 10 ou 15 minutes de chez eux.
Nous avons également développé un partenariat avec Relais d'Entreprises. Il s’agit d’un label qui permet de proposer aux entreprises des espaces alternatifs de travail pour leurs collaborateurs. Cela leur permet d'améliorer leur bilan RSE. De notre côté, c’est une opportunité d’attirer des nouveaux publics. Et cela apporte davantage de visibilité au Charbon.
N. C. : Avez-vous prévu un dispositif particulier pour les formations ?
S. et A. : Nous avons réussi à proposer quelques formations qui peuvent être prises en charge par les OPCO, en formation continue, sur des journées entières. Mais nous n’avons pas réussi à remplir les sessions. Nous devons trouver des partenaires ou des circuits de commercialisation, des leviers que nous ne connaissons pas encore.
Nous avons constaté que les formats d’une demi-journée, de 2 ou 3h, avec un objectif assez simple d'apprentissage marchent bien. Notre idée est d'essayer d'avoir un coût accessible pour éviter à notre public de faire financer les formations par leur CPF.
Avec notre écosystème, qui était déjà présent avant d’obtenir la subvention, et qui se développe autour du numérique, nous sommes en capacité de proposer des formations sur mesure grâce aux savoir-faire que nous avons aujourd’hui dans notre collectif.
Mais nous ne souhaitons pas pour autant devenir un centre de formation à proprement parler. Il convient de trouver le juste équilibre.
N. C. : Qu’est-ce que votre approche a de particulier ?
S. et A. : Le « test and learn » ! C'est un peu la manière dont on veut fonctionner au Charbon. Et ça marche plutôt bien.
Pour cette première année, nous avons souhaité tester des activités, des concepts en lien avec le numérique, la création et l'artisanat. On travaille vraiment en mode agile : on teste puis on voit ce qui peut être amélioré, ce qui marche d’emblée et ce qui ne fonctionne pas. Nous travaillons en mode exploratoire. Et petit à petit, nous définissons notre gamme, notre offre. Et bien entendu, nous communiquons en parallèle pour la faire connaître.
Actuellement, nous avons quelques mois de recul, après avoir testé plusieurs formats. L’idée, c'est que nous testions encore, sur les 3 mois à venir, afin de pérenniser ce qui a marché pour pouvoir le proposer régulièrement.
Et cerise sur le gâteau : il y a des idées qui émergent alors qu’elles n'étaient pas prévues au départ dans notre projet !
N. C. : Comment faites-vous pour que votre projet s’insère au mieux localement et réponde aux attentes de votre public ?
S. et A. : Nous avons décidé de faire quelque chose de très ouvert, en mode participatif, en essayant d'avoir un maximum de propositions d'activités ou d'événements pour toucher tous les publics. C'est bien de proposer des activités et des événements mais il faut que cela soit accessible ! C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité nous rapprocher du fonctionnement associatif avec l’association « Les Amis du Charbon » qui propose au grand public des ateliers à des prix modérés.
Par ailleurs, cette association va nous permettre d'être présent, en septembre, au Forum des Associations. Nous pourrons ainsi nous ancrer un peu plus localement, toucher et fédérer une communauté grand public, rentrer dans les circuits associatifs et proposer des projets culturels incluant du numérique. Mais aussi proposer des tarifs accessibles pour nos activités, nos ateliers, nos formations.
Nous avons aussi testé les meilleurs créneaux horaires et formats. Les salariés et le grand public sont plutôt disponibles en afterwork ou le week-end alors que les travailleurs indépendants ont une certaine liberté d'agenda. Nous proposons ainsi des formats de 1h30 ou 2 heures maximum, le soir et le samedi matin.
N. C. : Aujourd’hui, même si vous êtes toujours en phase d’exploration et de test, comment décririez-vous ce qu’est devenu Au Charbon ?
S. et A. : Nous avons développé le numérique dans toutes nos activités, que ce soit des ateliers, des conférences, des événements, des expositions, des formations, en donnant un coup de jeune à notre positionnement. Nous avons touché une nouvelle cible : des jeunes actifs qui travaillent dans les métiers en lien avec le numérique. Notre cible a rajeuni même si notre public demeure très transgénérationnel.
Le grand public a bien répondu à tous ce que nous avons mis en place. L’événement « Tous Connectés », directement lié à notre projet de mise en place d’une nouvelle offre avec notamment un positionnement plus important sur le numérique, a été l’occasion pour nous de créer des liens avec les animateurs des pôles de proximité.
Nous avons créé un site internet qui rend visible le lieu en communiquant sur toutes les actions que nous menons, qu'elles soient culturelles, digitales, événementielles ou en lien avec le coworking.
Tout cela contribue à véhiculer une nouvelle image du Charbon et engendre une répercussion positive sur l'attractivité du lieu. La perception du lieu est différente désormais. On sent que nous avons franchi un stade.
N. C. : Comment vous projetez-vous pour les mois à venir ?
S. et A. : Nous allons encore tester d'autres formats ces prochains mois, d’ici la rentrée.
En juillet, par exemple, nous avons un événement important : un partenariat avec SNT CREW, un collectif autour de la culture hip-hop, du breakdance et de DJing. Nous proposerons un stage de breakdance que nous allons enrichir sur la partie numérique avec un stage de M.A.O, musique assistée par ordinateur. C’est une nouvelle cible qui est intéressante pour nous.
Par ailleurs, nous sommes de plus en plus identifiés sur l'événementiel de qualité. Des grandes entreprises organisent des séminaires ou événements au Charbon parce qu'elles ont envie de découvrir le lieu qui est, de plus, bien situé, dans une cité balnéaire.
Nous souhaitons proposer des stages incentives ou des formations différenciants pour des managers qui ont besoin de se retrouver ensemble, qui ont besoin de respirer et envisager une autre façon de travailler.
Nous allons roder tout cela cet été pour proposer un programme cohérent qui fonctionne à la rentrée de septembre. Et nous serons prêts en 2027 !
