
À première vue, ProAgora Rouen pourrait ressembler à un espace de location de bureaux, de coworking, installé dans un immeuble flambant neuf. Pourtant, derrière ses 2 000 m² de bureaux, de salles de formation et d'espaces collaboratifs, se cache une ambition bien plus large : faire émerger un véritable écosystème dédié aux compétences, où entreprises, écoles, formateurs et institutions se rencontrent pour apprendre, coopérer et innover ensemble.
Installé depuis janvier 2025 au cœur du quartier Flaubert, le nouvel écoquartier de Rouen, ProAgora revendique une identité singulière. « Nous sommes un tiers-lieu privé qui s’affiche comme la Cité des compétences », résume son directeur, Stéphane Bordier. « Notre métier est la formation, l'emploi et les compétences. C'est cette spécialisation qui fait notre différence. »
Un tiers-lieu au cœur du nouvel écoquartier de Rouen
Le choix de l'implantation n'a rien d'un hasard. ProAgora occupe l'un des premiers immeubles livrés de l'ensemble d’un vaste programme immobilier de 20 000 m² construit sur d'anciens terrains portuaires entièrement dépollués. L'opération mêle activités tertiaires, logements et espaces publics végétalisés dans un quartier pensé comme un modèle de renouvellement urbain.
Deux longues barres d'immeubles encadrent une vaste trame verte qui rejoint le parc-canal Camille Claudel, inauguré récemment par la Métropole Rouen Normandie. Pour Stéphane Bordier, cet environnement participe pleinement à l'identité du projet. « Nous sommes dans un bâtiment construit selon des critères de haute qualité environnementale, dans un quartier où la nature occupe une place importante malgré la proximité du centre-ville. »
ProAgora a été l'une des premières entreprises à s'installer sur ce site encore en cours de finalisation. Depuis juin 2025, le tiers-lieu a trouvé ses marques.
Une idée simple : mutualiser les compétences
À l'origine, le projet répond à une conviction forte : les PME et les ETI disposent rarement des moyens nécessaires pour créer leur propre université d'entreprise. ProAgora souhaite leur offrir cette possibilité en mutualisant les infrastructures, les salles de formation, les ingénieurs pédagogiques, les intervenants ou encore les contenus pédagogiques.
Le modèle repose sur deux principes fondateurs.
Le premier est celui de l'intelligence collective, cher à de nombreux tiers-lieux : favoriser les rencontres entre des acteurs qui n'auraient pas naturellement travaillé ensemble.
Le second est celui de l'économie d'usage. Ici, les entreprises ne paient que ce qu'elles utilisent réellement. Une salle de formation, un bureau, un studio vidéo ou un espace événementiel peuvent être mobilisés ponctuellement sans supporter les coûts fixes liés à leur possession.
« Les compétences sont devenues stratégiques pour les entreprises », explique Stéphane Bordier. « Nous voulons leur proposer un outil qu'elles ne pourraient pas forcément développer seules. »
Quand les usages façonnent le projet
Comme souvent dans les tiers-lieux, la réalité a fait évoluer le projet initial. Rapidement, ProAgora est devenu un lieu d'accueil pour des établissements d'enseignement en phase de transition ou de développement.
Challenge Business School en est l'exemple le plus parlant. Lors de son implantation à Rouen, l'école a commencé modestement par louer un bureau, dans les espaces de ProAgora, pour préparer son ouverture. Au fil des recrutements, elle a loué davantage de bureaux. En septembre 2025, une première promotion d'étudiants a nécessité la location de salles de cours. Aujourd'hui, l'établissement vient de renouveler son engagement pour deux années supplémentaires en occupant près d'un demi-étage.
Même chose pour l'École Supérieure de la Banque, déjà implantée dans la métropole sur le Campus universitaire de Mont-Saint-Aignan. Elle utilise ProAgora comme une extension flexible de son campus. Selon les périodes de l'année et le nombre de sessions de formation, elle augmente ou réduit les surfaces qu'elle loue.
À la rentrée 2026, un nouvel acteur rejoindra cette dynamique : Ynov Campus, école des métiers du digital, y installera temporairement sa section Architecture d'intérieur en attendant l'ouverture de son futur campus dans le quartier Flaubert, prévue à l'horizon 2028.
Plus qu'un bâtiment, une communauté
Pour Stéphane Bordier, accueillir plusieurs établissements ne suffit pas. Encore faut-il créer des interactions entre eux.
L'équipe de ProAgora multiplie donc les occasions de rencontre. Une Clean Walk a ainsi réuni étudiants, salariés et entreprises du quartier autour d'une opération de ramassage des déchets. Des conférences, des job dating, des ateliers ou des rencontres professionnelles sont organisés tout au long de l'année afin de favoriser les passerelles entre les différents occupants.
Les écoles sont encouragées à partager leurs réseaux de formateurs, leurs bonnes pratiques ou encore leurs intervenants.
Cette logique collaborative se retrouve également dans les espaces de travail. Les formateurs indépendants disposent d'un abonnement leur permettant de venir travailler librement dans les espaces mutualisés, notamment à l'Agora Café, véritable cœur de vie du bâtiment.
Tous les mois, les Après-Work réunissent cette communauté autour de problématiques très concrètes. Le dernier rendez-vous était consacré aux usages de la vidéo dans la formation, en lien avec le studio de création digitale installé au sein de ProAgora, qui permet d'enregistrer podcasts ou vidéos pédagogiques.
Ces moments d’échanges rencontrent un succès croissant. Ils permettent aux formateurs de rompre leur isolement, de monter des projets communs ou encore de répondre collectivement à des appels à projets.
Une cité des compétences
Peu à peu, ProAgora assume une ambition plus large : devenir un véritable carrefour régional des compétences.
Le groupe Candor, entreprise normande de propreté et entreprise à mission, y a ainsi installé son Campus Candor, son propre organisme de formation.
C'est précisément le modèle que souhaite développer Stéphane Bordier : voir les entreprises installer leur université interne au sein de ProAgora afin de mutualiser les moyens tout en conservant leurs spécificités pédagogiques.
À terme, la « cité des compétences » imaginée par ProAgora pourrait réunir entreprises, organismes de formation, écoles, experts, consultants et indépendants autour d'une même dynamique.
Rouen et Arques-la-Bataille : deux sites, deux vocations
Le développement de ProAgora ne se limite pas à Rouen. À Arques-la-Bataille, près de Dieppe, le groupe ProAgora, via son actionnaire Odyssée Immobilier, a repris une ancienne friche industrielle.
Aujourd'hui, ce site joue un rôle stratégique dans la préparation du chantier de l'EPR2 de Penly. Labellisé par l'État et EDF comme pôle de développement des compétences liées au nucléaire, il accueille déjà des formations portées notamment par l'AFPA et l'INSA. Toute la zone est progressivement aménagée pour devenir un véritable campus dédié aux métiers du nucléaire et de leurs filières associées.
Les deux implantations fonctionnent d'ailleurs comme un seul réseau : un sociétaire de Rouen bénéficie automatiquement des services proposés à Arques-la-Bataille, et inversement.
Faire vivre un quartier
À Rouen, ProAgora ne souhaite pas rester enfermé dans ses murs. L'équipe entend devenir l'un des principaux animateurs de l'ensemble Gaïa dans cet écoquartier Flaubert.
Les voisins sont régulièrement invités aux événements organisés sur place. Les habitants du quartier sont informés via des affichages dans les halls d'immeubles. Des sorties nature sont en préparation avec la Métropole afin de faire découvrir la biodiversité du parc-canal voisin.
Dans les espaces verts qui relient les bâtiments, les échanges se multiplient déjà entre résidents, salariés, étudiants et visiteurs. « Nous voulons que ce soit un lieu de vie », insiste Stéphane Bordier.
Cette volonté prendra une dimension particulière en 2027, lors de l'Armada de Rouen. Les terrasses panoramiques situées au dernier étage offriront une vue privilégiée sur les festivités et accueilleront des séminaires ainsi que des événements d'entreprise.
Dans cette perspective, Stéphane Bordier, récemment élu administrateur de l'Office de tourisme de Rouen, souhaite contribuer au développement du tourisme d'affaires, appelé à prendre une place croissante avec le futur palais des congrès de la métropole.
Répondre aux grandes transitions
Au-delà de la formation classique, ProAgora veut devenir un lieu de réflexion sur les grandes mutations économiques et sociétales. L'intelligence artificielle en est un premier exemple. Une conférence organisée avec Normandie AI a réuni plus de quatre-vingt-dix dirigeants, responsables RH et étudiants. Face à l'intérêt suscité, des formations spécifiques sont désormais à l'étude.
À la rentrée, un économiste, écrivain et chroniqueur spécialisé dans les questions géopolitiques interviendra sur un thème devenu central pour les entreprises : comment diriger dans un monde marqué par l'incertitude ? D'autres sujets suivront : inclusion, insertion professionnelle, transitions environnementales ou évolution des métiers.
Ces événements sont systématiquement construits avec des partenaires. « Nous ne faisons jamais les choses seuls », souligne Stéphane Bordier, fidèle à la logique collaborative qui anime le projet.
Construire un réseau normand
Cette ouverture se traduit également par une volonté de travailler avec les acteurs locaux. ProAgora privilégie autant que possible les fournisseurs normands et développe une démarche proche de la responsabilité sociétale des entreprises.
Cette philosophie a conduit Stéphane Bordier à engager une démarche de labellisation auprès du réseau Normandie Connectée.
L'objectif dépasse largement la simple reconnaissance régionale. Il s'agit de créer des passerelles avec d'autres tiers-lieux à Caen, Cherbourg ou ailleurs en Normandie afin de mutualiser des projets, partager des expertises et offrir davantage de services aux sociétaires.
Car, pour ProAgora, le tiers-lieu ne se limite pas à un bâtiment. C'est un réseau vivant de compétences, de coopérations et d'opportunités.
À Rouen comme à Arques-la-Bataille, cette vision commence déjà à prendre forme. Entre écoles, entreprises, indépendants, collectivités et futurs grands projets industriels, ProAgora construit patiemment un modèle où la formation devient un véritable levier de développement territorial.
Dans un contexte où les compétences constituent plus que jamais un enjeu stratégique, le pari est ambitieux : faire d'un tiers-lieu privé un moteur d'innovation collective et un point de rencontre entre tous ceux qui préparent les métiers de demain.
Retrouvez ProAgora Rouen : https://proagora.fr/